[Interview] Marc Rougier, Président et Co-fondateur de Scoop.it

Marc_Rougier

Garage21 a eu le plaisir de pouvoir rencontrer Marc Rougier, le co-fondateur et président de Scoop.it, une start-up Toulousaine installée à San Francisco.

Pouvez-vous nous expliquer le concept de Scoop.it et nous dire quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer la société ?

Scoop.it est une plateforme de publication. Aujourd’hui pour exister sur le web, il faut publier beaucoup de contenus: au travers des médias sociaux (LinkedIn, Facebook, Twitter etc.), sur son blog ou sur son site par exemple. Le web est impatient. Ainsi une entreprise ou un professionnel ne peut exister s’il ne se transforme pas en média. Mais l’acte de publication est quelque chose de compliqué, qui prend du temps, et pour lequel il faut des ressources: c’est parfois inaccessible à certaines entreprises.
De plus, on est aujourd’hui dans une économie de l’information « overload », ce qu’on appelle l’infobésité en France. Les gens en souffrent parce qu’ils ont trop d’informations. Au lieu de souffrir de cette infobésité, nous proposons aux gens de la tourner à leur avantage, d’aller puiser dedans pour créer leur ligne éditoriale. Cela s’appelle la curation. Cela consiste à trouver du contenu déjà existant, le sélectionner, le mettre en forme, lui apporter une valeur ajoutée, puis le rediffuser dans un media bien thématisé.
Scoop.it est donc une plateforme de publication par curation afin d’exister sur le web et établir sa notoriété. Au lieu d’exclusivement créer du nouveau contenu on va aussi aider les gens à en trouver de l’existant, à le trier, l’éditer, l’organiser.

Quels sont vos concurrents directs et quels sont les atouts de Scoop.it pour se démarquer ? Je pense notamment à Newsle, à la start-up française Mobiles Republic, ou encore Facebook qui a récemment annoncé un nouvelle application Paper ?

On est dans un espace qui est l’espace du contenu. Autour du contenu il y a plein d’acteurs. Ceux que tu citais sont vraiment des médias et fournissent du contenu. Nous ne fournissons pas de contenu mais uniquement la plateforme pour aider les entreprises à devenir des medias. Maintenant il y a aussi des acteurs en tant que plateforme:
- les plateformes ouvertes de type B2C comme Pinterest ou Tumblr, axées sur l’individu.
- les plateformes de type B2B qui n’ont pas de visibilité à l’extérieur et qui sont juste des outils, comme PublishThis, LiveFyre, La Cuarta.
Nous sommes les seuls à faire à la fois une plateforme B2B, c’est un outil pour les entreprises, et également une version ouverte qui permet de créer une communauté. On a donc pris cet emplacement spécial et unique d’être la plateforme pour les pros et entreprises mais avec aussi une offre gratuite qui permet de créer une communauté d’usage autour.

Combien d’utilisateurs avez-vous aujourd’hui ? Combien d’articles sont publiés par jour ?

Cela marche bien. Nous avons ouvert en novembre 2011: Scoop.it a donc un peu plus de 2 ans. Nous comptons 7 millions de visiteurs uniques mensuels, 900 000 curateurs inscrits, et nous avons officiellement 1200 entreprises qui payent pour utiliser notre service. Enfin nous avons accumulé 100 millions de visiteurs uniques. Evidemment nous ne sommes pas sur une dynamique à la Pinterest car on reste sur des sujets sérieux sans faire de « mass market ». Toutefois, à l’intérieur de la sphère professionnelle sérieuse, on est de loin le plus gros acteur.

Finalement les personnes qui se portent sur votre offre payante sont les entreprises? Ou avez-vous aussi des particuliers ?

Nous pensions que notre cible initiale, la PME  était suffisamment grande pour avoir besoin d’une stratégie de contenu, mais trop petite pour pouvoir s’offrir une équipe éditoriale. Il s’avère qu’on a également des individus qui utilisent notre offre la moins chère pour démontrer leur leadership d’opinion et essayer d’augmenter leur réputation. On a effectivement de nombreuses PME mais on a aussi des grands groupes en France comme EDF, La Poste, Orange, Renault, Rémy Cointreau. Aux Etats-Unis nous travaillons par exemple avec Pepsi Cola ou Advi dans la pharmacie. En fait nous nous retrouvons avec un très large spectre: petites entreprises, individus, grandes entreprises.

Vous parlez de la France et des Etats-Unis, vos utilisateurs sont-ils majoritairement dans ces deux pays ?

Nous avions décidé dès le début que si la proposition de valeur marchait, il fallait que l’on s’américanise. Nous nous sommes donc lancés en France puis on est venu aux US. Nous faisons en terme de trafic l’équivalent entre la France et les US. En terme de revenu, nous faisons beaucoup plus aux US. Notre valeur stratégique est donc aux Etats-Unis mais la France est un pays très solide. Derrière on a aussi l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie et l’Australie qui marche pas mal.

Combien d’employés avez-vous aujourd’hui ?

Aujourd’hui la société est bicéphale, France – US. Nous avons 4 personnes aux Etats-Unis. Il s’agit de notre headquarter: on y fait tout ce qui est marketing, communication, business développement et stratégie. Par contre notre excellente équipe de développement est restée à Toulouse, où l’on a 14 personnes.

L’écosystème des start-ups se développe en France: qu’en pensez-vous et quels conseils donneriez vous à un des jeunes entrepreneurs ?

Accompagner des porteurs de projets est mon hobby. En général, ce sont des jeunes qui viennent de sortir de l’école. Je fais ça en tant que mentor dans différentes structures: je suis par exemple membre co-fondateur de France Digitale. C’est quelques chose auquel je crois depuis bien longtemps. J’ai monté ma première start-up il y a 25 ans, le mot n’existait pas. L’écosystème en France a changé fondamentalement. La France est un bon endroit pour monter sa start-up parce qu’il y a des talents, c’est devenu plus facile et il y a des structures d’accueil. Il y a aussi désormais une culture chez les jeunes – certes pas encore suffisante – sur le fait qu’il faut prendre des risques et qu’il faut se lancer. Enfin il y a une génération de startuper qui ont réussi et qui peuvent tendre la main aux nouveaux.
Après il y a certaines choses défavorables comme la culture du risque qui n’est que chez les jeunes et une certaine complexité fiscale et administrative. Mais un problème encore plus important est le fait que les grandes entreprises ne savent pas travailler avec les petites. Il faut faire disparaitre le modèle traditionnel des grandes entreprises si on veut créer cette flexibilité et cette capacité à travailler ensemble. Ce n’est pas vrai partout bien évidemment mais cela reste un des points très bloquant de la France.

Garage21 remercie Marc Rougier et l’équipe de Scoop.it pour leur accueil.

Crédit photo: Photo DDM, S. M. / ladepeche.fr

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